Structure rythmique d’un tango

Bien danser le tango passe par une maîtrise du rythme. L’écoute active, en dehors de la danse, permet d’assimiler la structure musicale.

Definitions

Le tempo est donné par une pulsation régulière, métronomique, analogue à celle de notre marche ou au battement de notre coeur.
Le rythme est l’ensemble des combinaisons de durées différentes qui constituent la musique, hors de la mélodie (constituée par la hauteur des sons).
Les temps forts (au sens de battements) sont marqués par des accents, ils sont séparés par des temps faibles. Par « temps » on entend aussi la durée qui sépare deux battements.

Temps moyen, rapide et lent.

Les tangos ont un tempo de base compris entre 55 et 70 battements par minute, donc proche du battement de notre coeur (comme le titre du tango célèbre de Miguel Caló, « Al Compás del Corazón »). Pour les valses (de rythme ternaire), le tempo de base est un peu plus rapide (60-80), et pour les milongas (de rythme binaire) il est nettement plus rapide (70-120).
Ce tempo moyen est bien marqué et constitue le rythme naturel de notre marche. Il se subdivise en un tempo deux fois plus rapide. On distingue aussi un tempo deux fois plus lent, qui structure la mélodie. Ces trois durées sont les plus couramment utilisées pour rythmer notre danse.

Les orchestres de tango et le rythme.

Les orchestres de tango utilisent principalement ces trois durées (rapide, moyenne et lente) et les combinent de façon régulière ou contrastée, en choisissant où (et avec quels instruments) placer les temps forts. Les orchestres de la Vieille Garde utilisaient un rythme binaire et monotone : pulsations rapide et moyenne, accent sur la pulsation moyenne. C’est le rythme le plus simple en musique, il correspond à l’écriture originelle en 2×4 de la plupart des tangos. D’Arienzo a donné à partir de l’énergie à ce style en créant beaucoup de variations rythmiques, mais toujours à l’intérieur de ce schéma binaire. Donato, Biagi, Tanturi, Rodriguez, De Angelis également.

A l’opposé, des orchestres comme celui de Julio De Caro ont développé dès les années 20 un style plus savant basé sur la mélodie, qui introduit la troisième durée, le tempo lent. Ceci aboutit à une musique plus sophistiquée mais moins dansable (dite parfois à 4×4).

La synthèse entre variété rythmique et dansabilité a été réalisée dans les années 40 par des orchestres qui utilisent les trois « vitesses », rapide, moyenne et lente, et de manière non uniforme au cours d’un tango : ils alternent des parties rythmiques dominées par les pulsations rapides et moyennes, avec des parties mélodiques dominées par la pulsation moyenne, la mélodie étant structurée par la pulsation lente : par exemple Laurenz, Pugliese, Troilo.

Le travail des danseurs.

Les danseurs et danseuses qui perçoivent constamment ces trois vitesses ainsi que les variations que l’orchestre introduit entre elles, sont capables de choisir en toute liberté ce qu’ils vont interpréter dans leur danse. Ils peuvent « coller « à la musique : marcher sur le tempo moyen quand celui-ci domine, effectuer des « contretemps » sur le tempo rapide, et « ralentir » sur le tempo lent quand celui-ci se manifeste. Ils peuvent aussi insérer des éléments rythmiques. L’essentiel est d’être cohérent et surtout de partager cette interprétation avec son (sa) partenaire. Ceci veut dire percevoir les phrases musicales et les changements de rythme de l’orchestre.
Mieux on entend le tempo lent (la mesure au sens de l’écriture musicale), plus on perçoit dans sa globalité la structure en phrases d’un tango. Elle est en effet très souvent formée de 16 temps rapides, soit 8 temps forts (moyens) ou encore 4 temps lents (= 4 mesures au sens de la partition).

Objectif de l’atelier.

- Ecouter et reproduire les deux tempos principaux (rapide et moyen) à partir de tangos de style « binaire » : Pobre Yo (Sextet de Di Sarli ’30), Ataniche (D’Arienzo), Adios Pueblo (Tanturi). Marquer aussi le tempo lent et tenter de percevoir la structure en phrases musicales.

- Ecouter le tempo lent : La Cachila (Fresedo), Adios Pueblo (De Caro), Recuerdo (Pugliese).

- Ecoute des tempos dominants et de leurs variations dans des tangos des années ’40 : Al Compás del Corazón (Miguel Caló), Siete Palabras (Di Sarli), Que Nunca me Falte (Laurenz), Rondando tu Esquina (Pugliese) ou ’50 : Indio Manso (Di Sarli).